Appel à résistance sur les maquettes MEEF et les dossiers ESPE - Section SNESup Lyon 2

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Appel à résistance sur les maquettes MEEF et les dossiers ESPE

ESPE et master MEEF : dire « NON », au nom de la loi et de l’intérêt commun

Beaucoup de collègues travaillent actuellement ou tentent de travailler à la mise en forme des nouvelles maquettes « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » (MEEF). Comme en font l’épreuve pénible les doyens, directeurs de département et responsables des concours, tout se fait dans une précipitation harassante et délirante et les maquettes devraient être remontées au rectorat :

  • sans mandat bien défini des uns ou des autres pour négocier,
  • sans consultation ni validation des conseils centraux (hormis un point d’information sur le mode de désignation des membres des groupes de travail),
  • sans concertation avec l’ensemble des collègues qui, pris en fin d’année par de multiples tâches – CNU, comités de sélection, examens et corrections – n’ont pas toujours pu être réunis en AG de département ou tenus au courant des consignes successives et des avancées / reculées,
  • sans aucune information diffusée aux collègues par la « gouvernance », alors que cette réforme concerne beaucoup de disciplines à Lyon 2 : histoire-géographie, langues, lettres, musique, sciences économiques, sciences de l’éducation !

1. Un moment inédit de démocratie : la négation du droit

Mais surtout, comme l’ont rappelé plusieurs organisations syndicales (SNESup, SupAutonome), aucun texte réglementaire n’a encore été voté ni publié, ni sur ces nouveaux masters, ni sur les « écoles supérieures du professorat et de l’éducation » (ESPE). À quoi nous ajoutons que les maquettes de master MEEF doivent être remontées au Rectorat de Lyon sans que nos instances n’aient été consultées, ni sur les ESPE, ni sur les maquettes… Dans ce contexte, travailler sur les maquettes et les faire remonter n’est donc pas innocent.
Pour preuve, d’ailleurs, le Sénat a voté, le 24 mai 2013, un amendement considérable à l’article 51 du projet de loi de refondation de l’école de la République :


« 1° [Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation] organisent et assurent en collaboration avec l’ensemble de leurs partenaires les actions de formation initiale des étudiants se destinant aux métiers du professorat et de l’éducation et des personnels enseignants et d’éducation stagiaires, dans le cadre des orientations définies par l’État »


Le ministre de l’Éducation nationale a aussitôt analysé ainsi la portée de cet amendement :


« [Cela] signifierait que [les ESPE] prendront en charge seules les enseignements disciplinaires […] Les UFR et tout le monde universitaire va se sentir dépossédé, ça n’est pas non plus la demande des enseignants ni des universitaires […] Nous confortons les universitaires en leur disant “nous ne volons pas les étudiants, mais nous faisons avec vous” […] sinon on va ouvrir une bagarre terrible entre les uns et les autres » (déclaration à l’AEF, dépêche du 25 mai 2013).


Voilà donc dans quoi notre communauté universitaire, à Lyon 2 comme ailleurs, accepte pragmatiquement de mettre le doigt : travailler à des maquettes qui pourraient, à terme, être balayées ou récupérées par d’autres, à notre détriment. On voit l’importance du flou (juridique, pédagogique, scientifique) dans lequel on nous demande de travailler : cautionnerons-nous cela ?

2. Une réforme libérale : vertus de « l’autonomie »

En 2008-2009, la « mastérisation » avait été une des premières applications de la dérégulation voulue par la LRU : une autonomie en trompe-l’oeil, avec son cortège de contraintes (ministérielles et rectorales), de concurrences entre disciplines et établissements, ses formations au rabais, etc.
La réforme actuelle poursuit dans le même sens : les ESPE et les masters MEEF inaugurent la logique toujours plus libérale voulue par la loi relative à l’enseignement et à la recherche (loi ESR dite « LRU 2 »), actuellement débattue à l’Assemblée nationale. En effet :

  • les ESPE seront « accréditées » par un arrêté des ministères de l’EN et du MESR. Rappelons que le principe d’« accréditation » permettrait de faire du CNESER une instance contournable et participe d’une logique de réduction de l’offre de formation et d’une perte accrue de tout cadrage national. Or, ce principe « d’accréditation », au coeur de la LRU 2, va être mis en place pour la première fois par le biais des ESPE ;
  • les ESPE inaugureront un statut pervers de « composante », défini par la LRU 2, qui pourrait être étendu à toutes nos composantes actuelles, instituts comme UFR ;
  • les masters MEEF induisent déjà des effets de concurrence entre public et privé (mise en place d’une ESPE des Instituts catholiques), entre disciplines (« didactique » vs « disciplinaire ») et entre établissements d’une académie (course au « moins disant » en termes budgétaires) ;
  • les maquettes prévoient des réductions de volume qui appauvrissent toujours plus la qualité des formations : une seule maquette en Histoire-Géographie, d’ambitions encore plus réduites que la précédente (mastérisation de 2009) ; des déperditions d’heures (30%) en langue française dans la maquette de Lettres de préparation au concours (déperditions déplorées par les enseignants de Lyon 2 et Lyon 3), etc.
  • les préparations aux masters MEEF, assurées par les établissements, seront néanmoins communes, mettant ainsi en place la possibilité de mutualiser et, à terme, de supprimer des heures d’enseignement dans les établissements ;
  • les maquettes sont préparées en toute « autonomie et liberté » mais le Rectorat veille toujours, rappelant telles obligations, ré-exigeant une énième version des maquettes, imposant le respect de délais absurdes et intenables. C’est bien l’esprit de la LRU : une pseudo-autonomie des établissements… sur qui pèse la menace de la tutelle rectorale.

Dans son infinie bonté, le Rectorat de Lyon a accordé un délai pour la remontée des maquettes, suite à la demande des responsables dépassés par l’ampleur du chaos : non pas le 25 mai (en plein week-end…) mais le 27 mai, juste après le week-end – cela laisse-t-il du temps pour consulter tout le monde et mettre en place des masters entiers dans de bonnes condition de réflexion et concertation ?

3. Résistance : blocage des maquettes, refus du dossier ESPE !

On veut nous faire accepter, sous prétexte de « crise », des réductions des contenus et des volumes des offres de formation. On veut nous faire avaliser aujourd’hui ce que ni l’Assemblée nationale ni le rectorat ni les conseils centraux n’ont encore législativement et réglementairement fondé : intellectuels, citoyens, nous devons refuser de nous prêter à cette attaque de nos principes démocratiques.
Au lieu de nous soumettre à une logique autoritaire destructrice de la formation de nos étudiants, de l’avenir scolaire de nos enfants (avec de futurs enseignants sous-formés) ... et de la santé de nos collègues impliqués dans l’élaboration des maquettes (pression continue sur les responsables, qui tient du harcèlement) :

  • refusons d’entériner, à quelques virgules près, la mastérisation du précédent gouvernement que nous avons combattue durant 4 mois de grève en 2009 ;
  • refusons de faire remonter les maquettes, dès aujourd’hui ;
  • demandons aux administrateurs de refuser le projet d’accréditation de l’ESPE lyonnais, élaboré dans des conditions obscures, sans garanties pour les établissements ;
  • exigeons un vrai report d’un an, soit à la rentrée de septembre 2014, afin de procéder à une réelle remise à plat du contenu des concours et de mettre en place une réelle formation des futurs enseignants (professeurs des écoles, collèges et lycées).

Non seulement les CA d’Angers, de Nantes, de Grenoble, de Paris Sud, de Poitiers, de Strasbourg … ont été consultés, mais ils se sont prononcés contre le projet d’accréditation des ESPE, en demandant soit un moratoire d’un an, soit, pour deux d’entre eux, un moratoire minimal jusqu’à début juillet.

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